• annepatay

Les sentes(suite)



Parfois je suis comme un chien qui tourne et qui ne sait pas ce qu’il cherche, rien ne vient, je gratte le sol, je me sens comme une pile qui crépite.

Il y a juste des images de lumière, de scintillement sur l’eau, la chaleur sur les épaules, des éclats.

Les gestes se font automatiques, je les vois se faire : j’enfile mes grosses chaussures, la chemise avec des manches, le pantalon long ; Je ne peux qu’en déduire certaines choses, mais je ne suis pas sûre encore, je prends le vélo, je pars, nous partons.

Et ça vient en avançant, tout se dévoile petit à petit, je suis sur la route, et je vois devant moi l’espace que je cherchais.

Je vais contourner par la route, traverser ce champ, déposer mon vélo derrière les arbres. Il y a longtemps que je voulais te voir, belle échine comme une étrave au dessus de la route, tu paraissais inaccessible.

En fait tu es si habitée, des murets de pierre, des gariottes ruinées, d’en bas tu ressemblais à une forteresse, j’imaginais des à-pics, des rochers, et des sapins froids mais c’est comme un jardin d’arbres, des herbes des roches qui déboulent, quelques pavés de minerais de fer que je dégage et pose en évidence pour mon retour.

Tout est content en moi, je le sens, je sautille comme une petite fille au parc, mes pieds sont contents, mes jambes, d’arpenter, mes bras, d’attraper les branches, de toucher les écorces moussues : oh cet arbre couché complètement, ses branches posées sur le sol et pourtant il continue à vivre, il est magnifique, et celui là, mort, ses bois dressés, gris et lisses, on dirait un squelette de cheval sur le dos.

Moi et la chienne nous allons doucement, mais tout est si sec et craquant, nous froissons les sentes comme du papier, un boucan terrible. Pourtant il y a autre chose qui marche, plus loin derrière les troncs, nous nous arrêtons, le sang bat dans mes tempes , dans ma gorge, je scrute dans les débris de lumière..

Il y a un peu de peur, et si j’étais juste derrière des maisons, habitées, des gens pourraient survenir et nous voir là,

Nous passons sous les mauvais hospices d’une palombière, et ses filins pour appelants, tout est moussu et vieillissant, mais je le maudis consciencieusement afin que ses pieds lâchent et qu’il s’écrase au sol.

J’ai pris garde à tout, quand j’en suis là, dans ces territoires que je n’ai jamais arpenté, tout est repéré, je suis concentrée, pour retrouver mes traces en revenant, mais ici c’est facile, un jeu d’enfant, ces lignes de pierre, ces arbres comme des personnes qui attendent, .. je cause , au chien, aux herbes, aux arbres, mes yeux visent, calculent, pointent, ils savent ce qu’ils ont à faire.

Quand on s’en retourne, je valide les espaces, je clos derrière moi, j’ai beaucoup aimé me promener parmi vous, ce soir, merci.

J’ai retrouvé mes pavés de fer.

46150  Les Junies, France

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