• annepatay

L'art du scaphandrier

Mis à jour : avr. 13



Rien ne différencie en apparence deux personnes face à nous, avec qui nous bavardons.

Ah , enfin, si ce n’est que l’une tourne nerveusement ses doigts, qu’elle est outrageusement enjouée et essaie de me faire rire.

Si l’autre s’en va, elle va probablement rester moins d’ 1 minute de plus puis trouver un prétexte pour fiche le camp à son tour. Ou bien va m‘écouter parler.

Je suis une de ces personnes.

Vous rencontrer m’enchante et me terrifie. Si vous êtes plusieurs , cela est juste terrifiant.

Ma poitrine se bloque, mon diaphragme se paralyse, je vais devoir bailler pour essayer de le débloquer.. ça ne marche pas, ma respiration est courte et insuffisante .

Mon cerveau analyse la situation en vitesse, s’adapter oui mais à qui ? Si la conversation va bon train entre les autres, je vais reculer d’un pas.

Si je dois parler, j’entre dans un de mes personnages.

J’ai peur de commettre la faute, l’impair, le truc qui ne se fait pas, est-ce que je conviens ?

Je suis étudiante, un groupe s’est rapidement constitué, je les regarde .

Ils parlent et rient entre eux, ils font des projets, je les regarde.

Ils partent manger, je les suis, il vont au café, je les suis, et m’assied à quelques tables, faisant semblant de lire.

Je rentre à la maison, je dois aller faire quelques courses, mais aller au village et demander quelque chose est au dessus de mes forces, que dois je dire, comment le demander.

C’est la pire période scaphandre, elle va durer le temps de mes études, la période pendant laquelle j’ai prononcé le moins de mots.

Plusieurs boulots, on me dit très sociable avec les parents, à l’aise avec leurs enfants, je suis ça, je l’ai décidé, construit.

Mais le soir, réunis dans la maison avec les autres , j’étouffe, je cogne la tête contre la porte, je fuis dans les bois.

Les chevaux me reposent, ils me rassurent, la peur qu’ils peuvent m’inspirer est enfin une peur physique, une peur réelle, j’aime les chevaux avec des soucis, pour m’en occuper, être absorbés par eux.

Je suis parent, mon degré d’anticipation monte d’un cran, prévoir, tout prévoir, les incidents, les problèmes, les soucis, je suis toujours en avance d’un problème. Tout doit être le plus pratique possible, pour que rien n’arrive.

Mais les autres parents. Comment les vivre ? Aller chercher les enfants à l’école, que dois-je leur dire, dois-je leur dire bonjour ? A toutes ? Leur faire la bise ? Non on ne se connaît pas encore assez, mais alors quoi ? Comment ? Comment font elles, les autres?

Les réunions de famille

Chez maman : j’observais, ma mère me fascinait, je ne savais pas encore que j’observais un miroir ;

La façon dont elle accueillait tout le monde, avec trop de rires, trop de sourires, trop de questions, trop de soucis sur ce qu’on allait manger, ce qu’on allait faire ..

Avec tout ça, pas le temps de juste se montrer l’une à l’autre telles que nous étions, tellement semblables, l’inquiétude , pour tout, tout le temps, tellement qu’on aurait presque préféré éviter tout ça

Maintenant c’est moi, je suis ma mère, je suis en stress, je m’inquiète pour que tout se passe bien, que tous s’entendent, je voudrais refaire les dialogues, dire les choses qui vont bien aller ensemble, ne pas aller dans le conflit, non, quand il est là, je suis perdue, nauséeuse, envahie de désespoir, on a raté, on a raté la réunion de famille, je l’ai ratée.

Je l’ai reçue, cette anxiété, et je l’ai transmise, malheureusement, et ma propre inquiétude permanente exaspère le tourment de celui qui en a hérité.

J’ai conscience de souvent n’avoir pas été vraiment là , dès que le seuil de stress était atteint, une sorte de moteur de secours se mettait en marche pour que je continue à agir et parler, mais mes émotions, mes sens étaient enfermés, loin.

J’ignorais l’existence de ce mécanisme. Quand on a toujours fonctionné d’une certaine façon, c’est la normalité.

Quand j’ai commencé à le comprendre, comprendre que je n’avais pas de problèmes aux poumons, ni au cœur, mais juste ce stress permanent qui m’asphyxiait, c’est parce qu’un autre mouvement s’est amorcé, les ressentis sont revenus.

La première fois que cela s’est produit, c’était comme si j’avais bu , ce que je recevais était si fort, si délicieux, que je riais, je riais, mes poumons dépliés comme jamais, je ne savais pas ce qui se passait, je me suis juste dit que 3 années en ville et tout à coup ça, cette forêt, les pierres, l’air, et l’idée que peut-être ça pouvait devenir mon quotidien, ça avait fait péter la durite.

Mais je faisais simplement la même expérience que plus de 40 ans auparavant, la maison sur la colline, sur le rocher, au milieu des petits arbres secs, le causse, la liberté, pas de jugements..

Ce fantôme de l’être que j’ai été à cette époque là est revenu me questionner, me faire réaliser que j’étais à côté de mes pompes.. tout le temps, et qu‘il était temps que je m’efforce d’y revenir.

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