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  • Photo du rédacteurannepatay

L'adieu aux chevaux





Depuis Sultan, le petit cheval bai cerise, que je montais à Lauzerte, et mes calculs infinis pour faire coïncider mon argent de poche avec un tel achat avant ma mort, il y a eu P'tit Roi, Nodes, Birdy, Nikita, Fleur des Planches, Swann, Bruna, Kelly, et tous ceux que j'ai croisés dans les clubs où je suis passée, en tant qu'élève, puis aide-monitrice, puis monitrice, puis dégoutée. Les rêves infinis, les essais douloureux, les chevaux mal aimés qu'on console, les tordus, les cinglés qu'on tente d'apprivoiser en se disant qu'on est la seule capable d'y arriver, la peur, les pistes d’entraînements de Pau et les larmes qui zèbrent les tempes quand on lâche un peu le "pont"*, les concours avec le cœur qui n'est pas là, les tripes qui se nouent et le goût amer de l'échec, le monitorat , passé bravache en candidat libre, la décision, la veille, de l'avoir coûte que coûte, viser les meilleurs, et se dire qu'il faut les dépasser..

Les rencontres, personnages étranges, entités absolues, caractères de cochons.. La beauté, l'élégance, la classe, l'ivresse de toutes ces silhouettes aperçues, la douceur, la sensibilité, la violence dégagées par leurs masses de chair dense. La volonté de rester fidèle aux rêves de l'enfant, confondre son identité et sa passion, persister, Puis enfin lâcher, quitter, laisser filer au loin, cette corde attachée dont on n'a pas besoin. Oh, je n'oublierai pas: embrasser à plein bras l'encolure chaude, se coller au poitrail, s'étendre sur les flancs, sentir les frémissements, le sang qui gronde, glisser les mains sous la crinière, les poser sur le bout de nez, le souffle chaud, couvrir de la paume l’œil sombre comme un étang de forêt, ils ne bougent pas, ils se confient à toi..

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